La "combe d'Ain" est en réalité une vallée glaciaire qui s'étire sur une vingtaine de kilomètres de long (de Crotenay au nord-est à Pont-de-Poitte au sud-ouest) pour une largeur moyenne de quatre kilomètres, insérée entre l'anticlinal de la côte de l'Heute à l'ouest, et le deuxième plateau à l'est. Elle se caractérise par de nombreux dépôts morainiques et des buttes témoins dont le relief actuel a été formé à la fin de la période glaciaire du Würm, il y a environ 20 000 ans. Cette vallée est parsemée de nombreux sites castraux, constitués de maisons fortes dans la plaine, et de châteaux plus importants sur les hauteurs la bordant. Leur densité s'explique par l'important tissu routier médiéval, impliquant des revenus de péages sur le transit de marchandises, et générant une rivalité entre barons (Chalon, Vienne, et leurs vassaux).
Sur la carte ci-dessus, du nord au sud, sont inventoriés :
1: château de Garde-le-Comte (Bonnefontaine)
2 : château de Montsogeon (Crotenay)
3 : maison forte de la Buchille (Pont-du-Navoy)
4 : château de Monnet-la-Roche (Montigny-sur-l'Ain)
5 : château de Mirebel
6 : château de la prévôté de Marigny
7: maison forte du Châtelet (Marigny)
8 : maison forte de Chalain (Fontenu)
9 : château de Châtillon
10 : château de Verges
11 : maison forte de Collondon (Doucier)
12 : château de Saint-Sorlin (Charézier)
13 : château de Binans (Publy)
14 : château de Beauregard (Publy)
Cette importante seigneurie, Vicomté au titre d'une branche cadette des comtes de Salins remontant au XIe siècle, couvrait la partie nord de la combe d'Ain, et la partie ouest du deuxième plateau dans le secteur de Mont-sur-Monnet. Ses principaux fiefs étaient : Monnet-la-Roche, Montsogeon, Marigny, la Buchille, Maisons du Bois, Balerne (abbaye), Mont-sur-Monnet, Montigny-sur-l'Ain, et Pont-du-Navoy.
Les vestiges les mieux préservés et les plus connus sont bien sûr les châteaux de Monnet-la-Roche et de Montsogeon, mais des sites castraux de moindre importance et presque totalement disparus méritent une attention sur leur existence passée, et leur apparence possible avant de tomber dans l'oubli.
Trois d'entre eux ont particulièrement retenu notre attention : le château de la Prévôté de Marigny, la maison forte de la Buchille, et le château de Garde-le-Comte. Ils sont traités dans les pages qui suivent.
Carte extraite de "La Seigneurie de Monnet au Comté de Bourgogne" par Raoul de Warren, 1962.
Armoiries de la seigneurie de Monnet : "d'Azur à neuf besants d'Argent".
Cette seigneurie (pour ce qui concerne la combe d'Ain) s'est constituée au cours du XIIe siècle mais a continuellement évolué au fil du temps par échanges, achats ou ventes, dons et accords entre seigneurs (vassaux des Chalon et des Vienne).
Le pont en pierre actuel de Pont-du-Navoy ne fut construit qu'à la toute fin du XVIIIe siècle, sur le cours de l'Ain élargi par le barrage des forges aménagé en aval à la même époque. Durant le haut moyen-âge, l'Ain n'était franchissable à cet endroit que par une simple barge (un "navoy"), qui fut plus tard remplacée par un pont en bois. Restitution 3D du pont dans son aspect supposé au XVe siècle. A l'arrière plan au centre, silhouette du château de Montsogeon. Vue depuis le sud-ouest.
Vue restituée du pont depuis le nord-ouest. A l'arrière plan, silhouettes du château de Monnet-la-Roche, du vieux bourg de Monnet et de son église.
https://cartes.gouv.fr
Assemblage des cadastres de 1823 de Pont-du-Navoy (Section B, feuille 4) et de Monnet-la-Ville (Section B, feuille 3), visualisant le moulin, l'ancienne route, et le petit étang de retenue du bief alimentant le mouin. Archives départementales du Jura - https://archives39.fr
Le moulin seigneurial du Tilleul (au sud de Pont-du-Navoy) dépendait du château de Monnet-la-Roche. Remontant au moins au XVe siècle (cité dans le terrier de la seigneurie de Monnet de 1474) , il fut agrandi et converti en scierie à la fin du XIXe siècle. Suite à un incendie en 2015, les bâtiments de l'ancienne scierie furent reconstruits et abritent aujourd'hui le restaurant "L'Authentique", où l'on peut admirer en mouvement l'ancienne roue à augets restaurée.
Extrait du cadastre de 1823 de Pont-du-Navoy (section B, feuille 4) annoté avec bâtiments actuels et tracé de la route moderne (à droite). Archives départementales du Jura - https://archives39.fr et https://cartes.gouv.fr
Déversoir qui alimentait les anciennes rigoles des deux roues à augets d'origine (de trois mètres de diamètre, à quelques mètres en aval contre l'ancien mur pignon sud du moulin). La roue moderne restaurée à l'identique de celle de la scierie à la fin du XIXe siècle (à droite sur la photo) est beaucoup plus grande (six mètres de diamètre).
Anciens passages d'axes des roues d'origine sur le mur pignon sud du moulin (aujourd'hui dans la cave du restaurant). Crédit photo : J.M. Bourgeois.
Sur le mur opposé à celui des passages d'axes des roues, on retrouve les soubassements intérieurs (légèrement talutés) de la tourelle d'escalier à vis engagée (au fond à droite) sur le mur nord du moulin d'origine.
Le moulin d'origine comportait vraisemblablement un bâtiment de plusieurs niveaux puisque le contour d'un escalier à vis engagé (tourelle octogonale) est représenté sur l'ancien cadastre contre le mur nord du bâtiment le plus à l'ouest, longé au sud par le bief. Nous avons restitué deux roues à augets alimentées par le haut, ce que semble confirmer l'ancien déversoir sur le mur médian subsistant à l'intérieur du bâtiment moderne (voir photo plus haut). Les roues devaient donc entrainer chacune par leur axe un renvoi d'angle à 90°(1) au niveau 0, mettant chacun en mouvement une meule tournante (2), située possiblement à un étage supérieur (niveau 1). La topographie du terrain entre l'amont (retenue d'eau) et l'aval (bief sous le moulin) présentant un dénivelé d'environ quatre mètres, l'alimentation en grain et la distribution de la farine devait donc se faire à un niveau plus haut (niveau 2 : RdC actuel), le stockage du blé et de la farine étant supposé dans les combles. L'escalier à vis est donc justifié par la desserte de ces quatre niveaux. Selon les quelques vestiges des murs d'origine du moulin, construit à flanc de coteau sur un terrain peu stable et imprégné d'eau, la base des murs du moulin était probablement talutée.
Proposition de restitution du moulin au XVe siècle
Moulin du Tilleul restitué au XVe siècle, vu plongeante de l'ouest. A l'arrière plan, silhouettes du château de Monnet-la-Roche et de l'église de Monnet-la-Ville (entièrement remaniée au XVIIe siècle).
Moulin du Tilleul vu du sud-ouest. A l'arrière plan : silhouettes du château de Montrond (à gauche) et du château de Montsogeon (au centre). Sur la butte au second plan : fourches patibulaires (à l'extrème sud-ouest du Molard des Fourches).
Moulin du Tilleul vu du nord-est. A l'arrière plan : la côte de l'Heute (moins boisée qu'aujourd'hui).
En haut à droite : silhouette des tours du château de Mirebel (à demi caché par la côte de l'Heute).
Moulin du Tilleul vu du nord-ouest. Au centre : tourelle octogonale d'escalier à vis desservant les étages du moulin.
Moulin du Tilleul vu de l'ouest.
Commentaires
10.07 | 18:39
Merci pour votre témoignage !
10.07 | 16:42
C'est vraiment merveilleux de pouvoir revoir Arlay et sa forteresse, j'ai vécu d...
24.05 | 08:49
Bonjour, Non désolé je n'ai aucun relevé des vestiges de ce château.
15.05 | 14:07
Bonjour, auriez-vous un croquis concernant le château de St Maurice/Crillat...